mardi 4 juillet 2006

Les aventures de Pat à FIFONLAND

Comme je n'ai pas eu de nouvelles de Sébastien suite à mes maintes tentatives pour le rejoindre, je me suis résigné à tenter de jouer de la musique, pour la première fois de ma vie, seul à Québec.
Pour se lancer dans pareille aventure, il faut être idéalement a-) assez sûr de soi et b-) saoul et/ou gelé.
Comme je ne me drogue malheureusement pas, j'ai opté pour la solution astucieuse de verser deux bières dans une bouteille de pepsi. Les gens ne pouvaient y voir que du feu car c'est bien connu que les musiciens sont de grands amateurs de jus de pomme broûteux.
 
C'est donc armé de ma guitare acoustique, de mon cahier de partitions, de mon 710 ml de Pepsi rempli de jus de pomme et de ma petite chaise pliante, que je me suis dirigé vers la rue St-Jean, downtown Quebec City. Pour les gens plus corrosifs comme moi, on peut aussi appeler cet endroit Fifonland étant donné la haute concentration de gais plus démonstratifs que n'importe quels hétérosexuels du coin. Connaissant les sommes astronomiques relatives au tourisme gai, je me suis dit que je pourrais bien récolter un magot substantiel provenant de la poche d'homos en rut à la vue de mon petit cul racing.
 
La destination précise était plus ou moins définie à l'origine, mais je savais que le coin du cimetière anglais était un choix éclairé. C'est donc là que je me suis arrêté, d'abord pour apprivoiser les lieux et boire quelques gorgées de jus pour me donner du courage. 
 
Et puis je me suis lancé. J'ai installé ma chaise et je me suis mis à faire quelques tounes de Pink Floyd. Ce fut assez gênant au départ. J'étais mal assuré et même en faisant des tounes calmes, j'avais de la misère à être convaincant. 
 
Mais vint une première poignée de petit change. En entendant le bruit que ça a fait dans mon étui, je me suis dit: "Ça y'est, je suis riche, je sacre ma job là et je fais plus rien que ça...". Mais en regardant plus attentivement dans mon étui, je ne vis qu'une multitude de 10 cents. J'en avais peut-être pour 1$ au total. Maudit, je vais encore avoir le porte monnaie qui pèse une tonne à cause d'une grande quantité de petite monnaie dont personne ne veut... Mais ne perdons pas courage mon ami, me dis-je, la soirée ne fait que commencer et j'ai encore tout plein de jus à boire pour me donner du pep et m'aider à délier les cordons de bourses diverses.
 
Après peut-être une quinzaine de minutes, je devins plus assuré. Le cash commençait à rentrer à un point tel que je voyais une retraite dorée luire à l'horizon. 
 
Je remarquai bientôt un quêteux qui s'était installé en face de moi, de l'autre bord de la rue (tout juste à côté du commerce de crème glacée 'Tutto Gelato" pour les plus connaissants du quartier). À chaque fois que des gens passaient près de lui, je le voyais leur adresser la parole en me pointant et en disant "Y'est bon hein!". Je me disais qu'il se servait de mes mélodies pour faire son approche de crotté qui veut du change pour s'acheter un speed stick ou encore une guenille pour se passer dans la face. Bof, pas de problèmes avec ça... Si les gens peuvent se mettre plus propre grâce à moi, c'est ben tant mieux.
 
Mais à un moment donné, après peut-être une demie-heure à le voir aller, je lui lance de mon bord de la rue: "Pis, les affaires sont bonnes?". Il traverse la rue et vient me voir en me nommant tous les groupes dont j'ai joué une toune. Il m'offre même de me payer une bière. Mais comme je ne bois que du jus de pomme et que je suis sur mon départ, je le remercie en lui disant que si un report est possible, j'accepterais volontiers une autre soirée. Il me dit que grâce à moi, ses affaires ont bien roulé ce soir. Par contre, il prend la peine de me spécifier que normalement, il vend de la poésie. Il me serre la pince deux fois et puis sacre son camp. Je me dis que je dois à tout prix me laver la main avant de me ronger les ongles par mégarde et contracter une maladie quelconque.
 
Je lève les feutres à mon tour quelques minutes plus tard, puisque la rue se vide tranquillement, et qu'après tout, on est lundi soir. Je ne sais pas trop combien j'ai d'argent mais ça fait gueling gueling dans mon étui.
Je me rends chez Amélie, une amie de mon ancien boulot qui habite non loin de là. Je fais le tour de son appart (jamais visité auparavant). Je lui offre de faire le décompte des sommes amassées et elle arrive à 7 ou 8$ et plusieurs cents. En bon samaritain, je lui offre toutes les cents noires, ce qu'elle refuse à prime abord. Mais en forcant un peu et en lui disant qu'après tout, elle les mérite bien, elle finit par cèder et ramasse le magot. 
 
Je retourne chez moi le coeur léger et assez content de ma soirée. Je crois que j'ai trouvé un bon spot. Pas très payant, mais amusant. En tout cas, ce soir, c'était l'atmosphère que je recherchais.

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